Résumés

Résumés des présentations 2017

Diverses formes de violences vécues par les femmes en milieu de travail : des expériences issues d’une recherche sur les professions et métiers historiquement masculins

Par Isabelle Auclair, Sophie Brière, Carol-Anne Gauthier et Dominique Tanguay

Cette communication est issue des entretiens menés au cours d’un projet de recherche mené par une équipe pluridisciplinaire de l’Université Laval, qui porte sur la progression et la rétention des femmes dans des professions et métiers historiquement masculins. Ce projet cible plus précisément 6 secteurs d’activité : la finance; le droit et la sécurité publique; l’inspection; la santé; les sciences et le génie; ainsi que la gestion d’établissements d’enseignement postsecondaire. Dans chacun des secteurs, des entretiens individuels ou de groupe ont été menés auprès de femmes et de gestionnaires afin de mieux saisir les obstacles et les défis à la rétention des femmes, ainsi que les mesures et les pratiques organisationnelles favorables à leur maintien en emploi. Bien que le projet ne compte pas dans ses objectifs initiaux de s’intéresser à la violence au travail, certaines expériences où de la violence a été exercée ont été abordées au cours des entretiens. À partir du concept de continuum des violences, nous proposons de réfléchir aux différentes formes de violence présentes en milieu de travail qui ont un effet particulier pour les femmes, ainsi qu’aux stratégies et solutions adoptées par les femmes et par les organisations pour reconnaître, dénoncer et enrayer ces violences.

Société de l’aveu, médias et régulation des identités trans* : repenser le droit à l’image et le consentement

Par Alexandre Baril

Malgré une redéfinition féministe du consentement axée sur son caractère renouvelable, affirmatif et rétractable, le consentement légal à la diffusion publique de tout type d’image, lui, ne requiert qu’un accord unique et irrévocable. Je soutiens qu’il est problématique de considérer le consentement à la diffusion publique de sa nudité au même titre qu’un consentement à montrer d’autres images de soi. Je pose donc la question suivante : peut-on redéfinir le consentement à la diffusion publique d’images intimes selon la compréhension féministe du consentement sexuel? En m’inspirant des travaux de Foucault sur l’aveu, j’argumente que nous vivons dans une société de l’aveu menant à croire que l’aveu public de notre soi constitue une libération, ainsi que dans un « cis-tème de l’aveu » poussant les personnes trans* à se dénuder corps et âme pour satisfaire la curiosité du public et des médias. À partir d’une approche féministe et transactiviste, je présente deux arguments. Premièrement, je soutiens que, pour certaines personnes trans*, des conjonctures personnelles, communautaires, sociales et médiatiques créent parfois une période d’hypervisibilité pouvant biaiser leur consentement à la diffusion publique d’images intimes d’elles-mêmes. J’affirme que les personnes trans* devraient pouvoir retirer leur consentement à la diffusion publique de leurs images intimes sur la base d’un biais de consentement. Deuxièmement, j’invite à repenser le consentement à la diffusion publique d’images intimes : que le consentement soit accordé dans des circonstances biaisées ou pas, il devrait être possible de le retirer, comme dans le cas du consentement sexuel. S’il est possible de changer d’idée dans le cas d’activités intimes avec une seule personne, cela devrait aussi s’appliquer lorsqu’il est question de montrer sa nudité à un public potentiellement illimité.

Femmes autochtones : de l’effacement à l’engagement

Par Suzy Basile

À l’heure de la négociation et de la conclusion de traités modernes, dans un esprit de réconciliation, quelle est la place attribuée aux préoccupations et aux réalités des femmes autochtones? La prise en compte du contexte historique, dans lequel les femmes autochtones ont cheminé depuis l’établissement des Eurocanadiens, s’avère essentielle. En effet, les femmes autochtones détiennent des savoirs spécifiques et ont une expérience particulière de l’histoire coloniale au Canada. Les femmes autochtones ont été écartées des sphères de décision, leurs rôles et leurs responsabilités ignorés par les politiques coloniales et leurs savoirs dénigrés. Elles ont été la cible de diverses stratégies étatiques et religieuses qui avaient pour but d’effacer leur rôle dans l’organisation sociale et politique et dans les pratiques territoriales, en plus de limiter leur participation notamment à la prise de décision, à l’économie et à la gouvernance. Les recherches ont également ignoré la parole des femmes autochtones sur leurs propres réalités préférant se replier sur celle des hommes autochtones ou sur celle des travaux de chercheurs allochtones. Selon une récente thèse de doctorat en sciences de l’environnement, la recherche d’un équilibre dans les dynamiques sociales et territoriales est au cœur des revendications des femmes autochtones (Basile, 2016).  

Nouvelles rhétoriques médicales dans la prise en charge intersexe: de la responsabilisation des parents au refus de reconnaissance des droits humains 

Par Janik Bastien-Charlebois

Les premières recherches effectuées auprès de parents de personnes intersexes rapportent des pratiques médicales de contrôle de la prise en charge des enfants intersexués (Fausto-Sterling, 2000; Kessler, 1998). Ceci prend la forme d’interventions chirurgicales menées à l’insu des parents, par la transmission d’informations partielles, par l’orientation des décisions parentales ou par la critique de réserves à l’égard de leurs recommandations (Karkazis, 2008; Kessler, 1998; Roen, 2009). Depuis les débuts de la visibilité médiatique autour de la prise en charge intersexe, les professionnels médicaux affirment cependant qu’ils et elles initient les interventions sous l’insistance des parents (Holmes, 2008; Roen, 2009). Ils et elles envisagent un désir parental de conformation des corps des enfants intersexués comme légitime, avançant que la création d’un lien d’attachement soit nécessaire au bien-être de l’enfant (Gravel, 2013). Forts de cette perspective, ainsi que de la conviction que leurs techniques se soient améliorées, des professionnels de renom avancent qu’il est irresponsable sinon extrémiste d’interdire les interventions non consenties (Aaronson, 2004; Hoebeke, 2013; Reardon, 2016). Ils rabrouent les récents appels d’organes de convention et du haut-commissaire des droits de l’homme de l’ONU à faire respecter les droits humains des personnes intersex(ué)es (Ahmed et al., 2013; Reardon, 2016). Or, ils ne prennent pas en considération leur possible influence sur les décisions parentales, telle que démontrée par Streuli et al. (2013), ni ne questionnent les effets de faire porter à l’enfant la responsabilité de créer un lien d’attachement (Wilcox, 2015). Mobilisant les outils de Fraser (1989) sur la lutte des interprétations, nous allons mettre en relief comment cette nouvelle rhétorique médicale participe de tentatives d’offrir quelques concessions sous la pression, tout en demeurant au plus près du statu quo.

Représenter l’insoutenable à l’écran. Réflexion sur le viol dans le film Mourir à tue-tête (1979) d’Anne Claire Poirier

Par Julie Beaulieu

Les films d’Anne Claire Poirier occupent un espace privilégié dans l’histoire du cinéma québécois, particulièrement pour l’Office national du film, institution dans laquelle elle a poursuivi sa carrière. Ses réalisations participent de l’avènement d’un cinéma féministe qui émerge à la fin des années 1960, à la suite des réformes institutionnelles ouvrant l’accès à l’éducation. Si, « pour l’instant, le documentaire est le refuge de beaucoup de femmes cinéastes, qui arrivent à tourner avec des budgets minuscules et font leur marque en évitant la trop forte compétition qui sévit dans les programmes de fiction », ce que ne manque pas de souligner à grand trait la comédienne et réalisatrice Micheline Lanctôt (Lettres à une jeune cinéaste, 2015, p. 65), c’est précisément le cinéma de fiction qui sera observé dans mon intervention. Après avoir réalisé De mère en fille (ONF, 1968), le premier film québécois considéré féministe, Poirier participera au collectif « En tant que femmes » (ONF, 1972) et réalisera le documentaire Les filles du Roy (ONF, 1974). Son film-phare, Mourir à-tue-tête (ONF, 1979), s’inscrit dans la continuité d’un travail filmique avant-gardiste tant sur le plan du contenu (la représentation de la violence sexuelle) que de sa forme (un film personnel, subjectif et réflexif). L’objectif de ma présentation est de montrer comment la cinéaste arrive à représenter l’irreprésentable – le viol d’une femme – dans ce film de fiction singulier, qui positionne d’emblée les femmes comme sujets et spectatrices du récit, plutôt que comme simple objet de fantasme et de désir.

La violence sexuelle en milieu universitaire au Québec: révélation ou indignation face aux résultats de l’enquête ESSIMU ?

Par Manon Bergeron

En janvier dernier, l’équipe de l’enquête « Sexualité, Sécurité et Interactions en Milieu Universitaire (ESSIMU) : Ce qu’en disent étudiant.es, enseignant.es et employé.es » a dévoilé les résultats finaux de cette étude d’envergure provinciale à laquelle ont participé 9 284 personnes, étudiant ou travaillant dans six universités québécoises francophones. L’enquête ESSIMU constitue une première initiative au Québec pour documenter les violences sexuelles non pas exclusivement auprès de la population étudiante, mais auprès de toute la communauté universitaire, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des murs de l’université. Cette enquête regroupe 12 chercheures, le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel et le Service aux collectivités de l’UQÀM. Cette conférence vise un double objectif. D’abord, il s’agira de présenter les principaux constats de l’enquête ESSIMU, illustrés par des récits de personnes ayant décrit des situations de violence sexuelle vécues depuis leur arrivée à l’université. Les résultats éclairent quant à la présence répétitive des manifestations de violence sexuelle et ses conséquences, tout particulièrement pour certains groupes plus ciblés, mais également sur les enjeux liés à la dénonciation/non-dénonciation ainsi que sur certaines croyances tenaces vis-à-vis les violences sexuelles qui sont préjudiciables aux victimes. Ensuite, la présentation sera l’occasion de réfléchir aux stratégies à privilégier pour une prévention globale de la violence sexuelle en milieu universitaire et aux défis à envisager pour des futures recherches dans ce domaine. Si les résultats ont semblé une révélation pour certaines personnes, ils ont aussi soulevé de l’indignation chez d’autres. Révélation ou indignation… il est temps de passer à l’action.

Violences en coulisses : le coût des représentations 

Par Isabelle Boisclair

Cette présentation discutera des coûts (physiques, psychiques et symboliques) qu’implique la fabrication des représentations pornographiques issues de la pornographie patriarcale et industrielle. Après avoir brièvement examiné les critiques qui lui sont adressées et des propositions pour des modes de production et de représentation plus éthiques (Erika Lust, Ovidie, Tristan Taormino), nous nous pencherons sur Plainte contre X, monologue théâtral de Karine Bernsfeld, véritable manifeste qui porte « plainte » contre l’industrie du X.

L’éducation à l’égalité comme moyen de prévention et de lutte contre les violences sexistes

Par Hélène Charron

Dans un avis publié en 2016, le Conseil du statut de la femme a montré en quoi le milieu scolaire, à travers les programmes et les contenus enseignés aux enfants québécois, participe encore à la transmission de grandes représentations collectives qui occultent les différentes formes de violences, symboliques et matérielles, vécues spécifiquement par les femmes. Les violences symboliques exercées à travers les programmes d’histoire, par exemple, renvoient à l’imposition d’une vision du passé encore organisé autour des espaces et activités majoritairement masculines et d’une dévalorisation des réalités associées au féminin, notamment la reproduction, les soins et l’éducation. Les programmes, notamment ceux d’éthique et culture, évacuent également entièrement l’enjeu des violences physiques, psychologiques et sexuelles touchant les femmes et autour desquelles les féministes québécoises se sont largement mobilisées dans les dernières années. La naturalisation des différences entre les sexes, observée parmi le personnel enseignant, est un obstacle à une perception des violences comme socialement construites et structurellement permises. Il apparaît au Conseil du statut de la femme que l’État pourrait agir de différentes manières pour garantir une meilleure prise en compte des inégalités de sexe en milieu scolaire afin de prévenir et de lutter plus efficacement contre les violences faites aux femmes.

 Les conditions épistémologiques de l'ignorance, de l'oppression et de la résistance

Par Ryoa Chung

Dans le cadre de cette présentation, il sera question des diverses formes d'injustices épistémiques qui renforcent les systèmes de domination genrée et/ou racialisée. Les injustices épistémiques sont au cœur des travaux du black feminism, des perspectives post-colonialistes et de l'épistémologie féministe. Parmi les formes les plus insidieuses d'inégalités épistémiques, les processus d'oblitération, soit intentionnels ou non, qui maintiennent dans l'ignorance les points de vue de certaines catégories sociales d'individus en tant que producteurs de savoir sont les plus difficiles à renverser. L'épistémologie de l'ignorance, développée par des penseurs tels que Mills et Alcoff, nous aide à mieux comprendre les enjeux dont discute Dotson au sujet de l'épistémologie de l'oppression. En de tels contextes épistémiques, traversés par des inégalités profondes qui déterminent nos conceptions respectives de la réalité, comment peut-on penser la résistance? Dans la foulée des travaux de Medina, il sera question d'identifier les enjeux épistémiques qui résident au cœur des luttes sociales contre les injustices genrées et/ou racialisées.

Les cyberviolences sexo-spécifiques : comprendre la perpétuation du tort à travers les composantes du web

Par Léa Clermont-Dion

Sur le web, les débats les plus virulents laissent parfois place à des commentaires discriminatoires, sexistes, racistes et haineux. Dans la dernière année, les dénonciations du sexisme en ligne ont secoué le Québec. Tous les jours, des femmes y reçoivent des critiques méprisantes associées à leur genre, leur identité sexuelle, leur origine. Dans un rapport de l'Organisation mondiale des Nations unies (ONU) publié en 2015, la Commission Broadband révélait que 73% des femmes en ligne auraient été exposées à la cyberviolence. (ONU 2015) Dans les 28 pays membres de l'Union européenne, environ 9 millions de femmes ont vécu une forme de cyberviolence depuis l'âge de 15 ans. (ONU 2015) L'ONU révélait également qu'une femme sur cinq vivait dans un pays où la cyberviolence pouvait être sanctionnée par la loi. (ONU 2015) La cyberviolence sexo-spécifique est une thématique large qui constitue aujourd’hui un objet encore relativement peu étudié dans le monde universitaire. Or, les cyberviolences sexo-spécifiques sont-elles favorisées par le support, c’est-à-dire le web ? Cette présentation vise à donner des pistes de réflexion afin de problématiser cette question. Parmi les composantes retenues pour comprendre l’écosystème numérique, on retrouve les paramètres de l’anonymat, de l’instantaénité de la propagation du message, de l’accessibilité et de la grandeur du réseau. Ces composantes permettent d’analyser l’effet amplificateur de la violence réelle à travers le monde virtuel.

Un partenariat du CRSH visant les politiques universitaires et les interventions pédagogiques en lien avec la violence sexuelle

Par France Courtemanche, Chloe Garcia et Shaheen Shariff

Les inquiétudes croissantes au sujet de la violence sexuelle sur les campus universitaires canadiens ont amené les établissements postsecondaires à mettre en œuvre rapidement des politiques et des initiatives visant à remédier à ce problème, souvent sans consulter la communauté ou la recherche empirique. Notre discussion servira à expliquer comment un projet multidisciplinaire de sept ans vise à s’attaquer à la violence sexuelle dans les universités, en se concentrant sur différents secteurs reproduisant la culture du viol, tels que les politiques universitaires, les arts et la culture populaire, ainsi que les médias sociaux et l’actualité. Nous décrirons comment les nombreux partenaires de la recherche collaborent dans divers projets, incluant des revues de littératures et des études de cas, des enquêtes et des analyses critiques de textes (médias sociaux, actualités, politiques universitaires, cas légaux), afin d’atteindre le premier objectif de la recherche: mieux comprendre comment les secteurs mentionnés influencent, pardonnent tacitement, perpétuent et nourrissent la culture du viol. Notre deuxième objectif de recherche vise à identifier comment les contextes universitaires, d’art, de culture populaire et de médias variés peuvent aider à démanteler la culture du viol. Nous examinerons brièvement le succès du projet pilote effectué avec la faculté de dentisterie, des initiatives artistiques pour soutenir les survivants d’assaut sexuel et le projet de révision de l’actualité, qui vise à identifier des pistes de collaborations entre les médias et les communautés universitaires dans le but de développer des stratégies innovatrices pour adresser la culture du viol par l’entremise de pratique journaliste responsable. Pour conclure la présentation, les panélistes engendreront une discussion sur les prochaines étapes du projet.

Comment favoriser la dénonciation et améliorer le traitement des victimes d’agressions sexuelles ? Quelques pistes de réflexion juridique

Par Julie Desrosiers

Plusieurs obstacles juridiques à la poursuite des agressions sexuelles ont été levés au cours des trois dernières décennies et le législateur a considérablement durci le ton envers les délinquants sexuels. Pourtant, environ 95% des personnes ne dénoncent pas les agressions sexuelles dont elles sont victimes. Plusieurs d’entre elles craindraient leur traitement devant les tribunaux. Comment apaiser ces craintes ? Est-il nécessaire d’attaquer la crédibilité de la victime pour assurer le respect du droit à la présomption d’innocence de l’accusé? Entre la recherche de la vérité et le respect des droits de l’accusé, des aménagements juridiques supplémentaires sont-ils nécessaires pour atteindre l’équilibre? Selon les enquêtes de victimisation, d’autres femmes ne souhaitent pas nuire à leur agresseur ou ne considèrent pas que l’infraction est suffisamment grave pour justifier une poursuite criminelle. La capacité même du droit criminel à répondre à la violence sexuelle est ici remise en question. Faut-il réfléchir à d’autres forums de plaintes et de réponses juridiques, telle une Commission sur l’égalité sexuelle, par exemple ? Ou pareil forum risque-t-il, au contraire, de banaliser l’agression sexuelle ? Cette conférence propose une mise en perspective historique du droit relatif à l’agression sexuelle, interroge la manière dont il pourrait être amélioré et enfin, questionne le rôle du droit criminel face à la violence sexuelle.

Ghostbusters de l’Internet: Je suis féministe et les trolls

Par Marie-Danièle Dussault et Marianne Prairie

Je suis féministe a près de 9 ans d’existence, soit une éternité et demie en terme de plateforme web et de réseaux sociaux. À l’heure des bilans qu’apporte la sortie d’un premier livre collectif, l’équipe constate l’évolution du web, la pertinence de prendre encore parole, l’importance du travail d’équipe pour la santé mentale des cyberféministes… et la présence des mêmes « maudits vieux trolls ». Ont-ils changé? Leurs tactiques se sont-elles raffinées? Le projet a une longévité rare qui lui permet de tracer une évolution des mœurs en matière de harcèlement sur le web tout aussi bien que des tactiques mises en place pour répliquer aux indésirables et les éloigner. Parallèlement, l’équipe de Je suis féministe note les changements dans les luttes de la dernière décennie et de leur impact dans les médias féministes. De l’importance de prendre parole coûte que coûte à l’importance de le faire de manière inclusive et intersectionnelle, elles s’entendent sur de nouvelles prises de position et la nécessité de sortir de zones de conforts établies. Dans ce lot de tumultes et de redéfinitions, Je suis féministe souhaite présenter l’importance d’être unies et le rôle majeur que tient pour elles le faire d’être une #team dans la gestion de leurs publications et surtout dans la réception de la cyberviolence. Elles vous révéleront donc les ingrédients secrets qui permettent à l’équipe de durer, de se renouveler, de continuer à prendre la parole… le tout en conservant sa santé autant mentale que physique!

L’oppression épistémique : une notion nécessaire pour repenser les processus d’exclusion et d’inclusion démocratique des minorités

Par Naïma Hamrouni

La littérature récente qui traite des injustices et violences épistémiques explore le déficit de légitimité associé aux voix des membres de groupes historiquement minorisés, toujours maintenus dans des positions sociales marginales qui les ‘‘silencent’’, et relégués au travail subalterne.  Ces travaux se sont entre autres révélés centraux à la compréhension des mécanismes qui entretiennent la mise en doute de la parole des femmes racisées lorsque, par exemple, elles sont appelées à faire le témoignage d’injustices ou de crimes dont elles ont été victimes. Le potentiel de ces approches, aussi bien sur le plan des théorisations des injustices raciales et de genre, que sur le plan de l’élaboration des mesures juridiques et politiques visant leur réparation, mérite d’être exploré et étendu à d’autres enjeux d’actualité. Dans cette présentation, nous avançons plus précisément que les notions d’«injustice herméneutique» (Miranda Fricker, 2007) et d’«oppression épistémique» (Kristie Dodson, 2014), offrent des angles nouveaux à partir desquels appréhender le phénomène de la sous-représentation des femmes racisées dans les lieux de savoir et de pouvoir et, surtout, remettre en question les cadres d’analyse classique de ce phénomène. Dans cette foulée, nous verrons qu’en nous invitant à repenser les conditions d’une véritable inclusion démocratique des minorités, ces travaux participent au renouvellement de la pensée critique émancipatrice contemporaine et rejoignent, en l’enrichissant, le projet de fonder une «démocratie communicationnelle» esquissé par Iris Marion Young dans Inclusion and Democracy (2000).

L'activisme transféminisme en ligne à l'heure des Memes et de 4chan : perspectives locales et internationales

Par Sophie Labelle

À partir de son expérience en tant qu'activiste trans sur Internet recevant de l'attention tant au niveau local qu'international, l'artiste Sophie Labelle parlera de son expérience avec les communautés anti-trans sur le web et de quelle manière celles-ci terrorisent les personnes qui osent avoir une perspective transféministe. Elle tentera ainsi de démontrer de quelles manières ces communautés rejoignent les tactiques de la "droite alternative" et comment les personnes trans sont utilisées comme cobayes par les mouvements fascistes modernes.

État patriarcal, violences de genre et impunité : spécificités des féminicides au Sud et questions pour le Nord

Par Marie France Labrecque

En partant de la triste exemplarité des féminicides au Mexique et en Amérique latine, il est possible de réfléchir sur les contextes spécifiques de la violence de genre au Sud et au Nord. Dans le Sud global, il est clair que l’impunité constitue un des facteurs favorisant l’exercice et la pérennité de cette violence. Dans ce contexte, l’État, et plus particulièrement l’État patriarcal, est interpellé au nom des droits des femmes, à la fois par les individus, les regroupements de la société civile, les institutions nationales progressistes et les instances internationales. Or qu’en est-il au Nord où, du moins en ce qui concerne les crimes les plus graves, le taux de résolution est plutôt élevé? S’agissant de la violence de genre, est-on vraiment venu à bout de l’impunité? Dans cet exposé, je tenterai de cerner les spécificités des féminicides qui se produisent dans le Sud global; je montrerai ensuite que l’impunité constitue une partie intégrante non seulement de la définition des féminicides, mais aussi de la violence de genre où qu’elle se produise; tout en décrivant les dimensions patriarcales de l’État au Nord, et tout en tenant compte de ses dimensions néolibérales et coloniales s’agissant du Canada, j’insisterai finalement, dans une perspective intersectionnelle, sur les conditions particulières des femmes racisées et minorisées ici et maintenant.

Un féminisme plus que jamais nécessaire

Par Diane Lamoureux

Les luttes féministes des dernières années ont permis des avancées majeures pour l’ensemble des femmes (même si les bénéfices ne sont pas nécessairement également répartis entre toutes les femmes) dans des domaines aussi divers que les droits civils, l’éducation, le travail et les droits reproductifs. Les résultats sont plus mitigés lorsqu’on considère l’accès au pouvoir et les violences sexospécifiques. L’arrivée à la tête de la principale puissance mondiale d’un intimidateur prônant des politiques sexistes, racistes et homophobes, de même que la banalisation de la violence sexuée, y compris à l’Assemblée nationale et sur les campus universitaires, ne nous incitent guère à célébrer nos acquis; ces évènements nous incitent plutôt à approfondir nos résistances et à développer des alliances pour que l’égalité entre les femmes et les hommes ne soit pas simplement une figure rhétorique qui sert trop souvent à dissimuler des positions racistes et à faire en sorte que toutes les femmes puissent jouir de ces droits humains fondamentaux que sont la liberté, l’égalité et la dignité. Quelles sont les conditions de développement d’un féminisme à la fois radical (qui va à la racine des rapports inégalitaires entre les sexes) et inclusif? Quelles alliances construire? Comment s’enrichir de la diversité des situations vécues par les femmes à l’échelle planétaire? Comment mettre en place un véritable pluriversalisme féministe?

Lutter sur plusieurs fronts : penser les résistances dans le militantisme

Par Typhaine Leclerc-Sobry

Quand on envisage les luttes féministes, on pense plus volontiers aux actions collectives menées contre les manifestations du système patriarcal qu’aux combats qui se jouent à l’intérieur même des organisations qui se présentent comme pro-féministes. Ces batailles ont pourtant des impacts importants sur l’engagement militant des personnes qui les mènent, ce que je me propose d’explorer dans cette présentation. En m’appuyant sur le contenu des entrevues réalisées dans le cadre de mon projet de maîtrise sur les pratiques encadrant le partage de la parole à l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), je me pencherai sur la notion de division genrée du travail, qui sera mobilisée pour tracer un portrait du travail militant et du travail conversationnel effectué par ses membres. J’aborderai aussi la compréhension qu’ont les répondantes et répondants de ce qui peut être qualifié de « politique » et, au contraire, de ce qui est exclu de leur conception du politique, une division qui suit les lignes de fracture du genre et qui a des impacts particuliers sur les militantes.

Problématiser les cyber-violences : la « porno revancharde » comme forme d’humiliation publique

Par Élisabeth Mercier

Cette communication propose de problématiser le phénomène de la « porno revancharde », qui réfère au partage non-consensuel d’images sexuellement explicites en ligne, tel qu’il participe de la culture contemporaine de l’humiliation publique et des façons spécifiques par lesquelles elle se manifeste à l’ère numérique. Cela permet notamment d’éclairer les façons par lesquelles la honte et l’humiliation servent à surveiller, discipliner et punir tant la sexualité que la simple présence en ligne des femmes et des jeunes filles.

Culture du viol, mobilisation féministe et retour de manivelle

Par Sandrine Ricci

Pour expliquer et contrer la violence sexuelle, nombre de militantes et quelques chercheures, encore rares en langue française, mobilisent désormais la notion de culture du viol. Au-delà du choc de la formule, comment envisager cette notion, avec comme horizon la fin des violences basées sur le genre, alors que les femmes s’avèrent onze fois plus susceptibles que les hommes d’être victimes d’agressions à caractère sexuel ? Comment comprendre que plusieurs personnalités médiatiques aient entrepris de réfuter le fait qu’au Québec ou ailleurs en Occident, nous évoluons dans un tel environnement, qui normalise la violence sexuelle ? De fait, les différents « scandales » ayant récemment défrayé la chronique révèlent des discours qui tendent à nier les différentes réalités associées à l’idée de culture du viol, à en contester le caractère soit trop alarmiste soit trop extensif. Après en avoir exposé la genèse et les principaux paramètres, nous aborderons donc la réception de la notion de culture du viol, réception souvent soucieuse de remettre en cause un mouvement social dont certains observateurs insinuent régulièrement qu’il serait allé « trop loin ». Nous verrons comment, malgré son institutionnalisation, le regard féministe systémique appelle souvent le déni et la disqualification, voire des crimes haineux. Enfin, nous réfléchirons sur les réflexes intellectuels à désapprendre ou à adopter pour mieux reconnaitre le vaste continuum de violences sexistes et sexuelles vécues ou même exercées.

La justice réparatrice et les femmes victimes d’agressions sexuelles : peut-on vraiment tenter de réparer l’irréparable?

Par Catherine Rossi

La justice réparatrice (et parmi les programmes qu’elle propose, la médiation pénale) provoque de grandes réactions au sein du public : soit qu’elle inquiète, soit au contraire qu’elle fascine. À l’heure actuelle, elle reste, pour beaucoup, un mystère. Or des rencontres de dialogue en matière criminelle, notamment entre des auteurs et des victimes d’agression sexuelle et d’inceste, sont organisées depuis le début des années 2000 au Québec, et impliquent, chaque année, plus d’une cinquantaine de détenus et de victimes adultes ainsi que plusieurs centaines de personnes adolescentes. Depuis les vagues de dénonciations ayant secoué le Québec en 2014 puis 2016, les demandes d’accès à de tels programmes sont de plus en plus nombreuses. Le réseau d’aide aux personnes victimes, et particulièrement le réseau féministe, ne sait plus comment réagir à de telles demandes. Quels sont exactement ces programmes offerts au Québec, comment se déroulent-ils? Comment s’assurer que ces programmes respectent les droits des femmes et, surtout, leur sécurité? En puisant dans des données provenant à la fois de la pratique et de recherches empiriques, cette présentation permettra d’apporter quelques réponses à ces questions.

La résistance par la prise de parole

Par Caroline Roy-Blais

Je suis féministe. Être féministe, c’est mettre une paire de lunettes qu’on n'enlève plus jamais. C’est devenir militante à tous les jours, sur tous les fronts, partout, tout le temps. 

Militer en écrivant demande une certaine retenue, une dose de pondération. Il n’est pas évident de savoir bien doser son militantisme, de choisir ses mots, de mettre son énergie là où ça compte vraiment, quand ça compte vraiment. 

La blogueuse féministe écrit. Elle écrit pour être lue. Son but est d’apporter quelque chose à la réflexion, de pousser le débat plus loin... d’essayer du moins. 

La militante, elle, organise des événements féministes - en essayant d’être le plus inclusive possible!-, elle assure que les droits toutes les personnes soient respectés, elle participe à des manifs, elle souligne le 8 mars, elle signe des pétitions. Elle est dans l’action, ou dans la préparation d’actions, ou dans la mobilisation. 

La blogueuse militante - pour sa part - est dans l’action virtuelle. Mais l’action tout de même! C’est tout aussi fatigant, et parfois encore plus périlleux, car les alliances se créent et se brouillent en un clic. 

L’auteure féministe - de son côté - rédige, relit et collige des textes. Elle dirige des ouvrages, publie, lance et va au Salon du livre. Elle participe à des panels, elle est invitée à des conférences... 

Tout ça dans quel but? Résister. 

Résister, c'est prendre la parole, écrire, se déconstruire, acquérir de nouvelles connaissances. Pour résister, prendre la parole, écrire, encore et encore.

La représentation de la violence, la violence de la représentation 

Par Thérèse St-Gelais

La représentation de la violence en arts visuels, qu’elle soit implicite ou explicite, provoque parfois des réactions qui vont jusqu’à interroger sa légitimité. Jusqu’où peut aller la représentation de la violence sans devenir elle-même violente dans ce qu’elle montre? À partir du travail de trois artistes femmes, Nadia Myre (Algonquine, Montréal), Rebecca Belmore (Anishinabée, Vancouver) et Teresa Margolles (Métisse, Mexico et Madrid), je propose une réflexion sur la nécessaire représentation de la violence dans un contexte où elle participe à la fois de sa dénonciation et d’une mise en images qui en fait voir une critique que le texte ou la parole n’arrivent pas à formuler. Que ce soit par la voie de la stigmatisation que vit la population des femmes autochtones et qui est représentée par le motif récurrent de la blessure, par le travail sur le corps révélateur des sévices que subissent les personnes dites « hors-normes » ou encore par l’allusion à la violence faite aux femmes, indicative d’un racisme systémique – tels les féminicides tristement banalisés –, les œuvres retenues pour cet exposé feront voir combien des stratégies visuelles peuvent s’avérer efficaces lorsqu’il s’agit de sensibiliser des regards, familiers ou non, à l’art et à ses liens avec le politique.

La violence au travail vécue par les infirmières: quand il faut pratiquer dans un environnement malsain

Par Isabelle St-Pierre

La profession infirmière est à 91% féminine au Québec. Dans leur pratique de tous les jours, les infirmières sont appelées à vivre plusieurs formes de violence, perpétuée par différents acteurs. Bien que tous les types de violence aient des conséquences pour la victime, certaines formes sont plus préjudiciables que d’autres. On explique certaines violences vécues par les infirmières par la théorie de l’oppression qui avance que puisqu’elles sont dominées par les médecins et se perçoivent impuissantes face à ceux-ci, elles choisissent d’exprimer leurs peurs et frustrations en s’agressant entre elles sous forme de violence horizontale. Cependant, nous allons argumenter que, dans bien des cas, les violences sont en fait le résultat de pratiques nocives découlant d’un environnement malsain. Au cours de cette présentation, nous porterons un regard critique sur des pratiques courantes qui sont en fait empreintes de violence. Guidés par la conception du pouvoir disciplinaire de Michel Foucault, nous examinerons dans un premier temps quatre cas issus de nos recherches décrivant des violences ressenties ou des violences vécues mais non déclarées. Dans un deuxième temps, nous explorerons comment les individus et le milieu gèrent ces types de violence. Nous terminerons la présentation par un partage de pistes de solutions possibles pour pallier au problème de la violence en milieu de travail.

 Vers un Transféminisme qui nous représente ! Un regard provenant du « sud »

Par Chamindra Weerawardhana

Inspirée par mon activisme, mes engagements avec les organismes Trans et LGBTQI aux échelles locale, nationale, et internationale, et de mes activités universitaires, ma présentation portera sur la nécessité d’un discours Transféministe qui aborde les problèmes et enjeux spécifiques que concernent les personnes Trans, et des personnes s’identifiant avec d’autres identités de genre, provenant des contextes socioculturels du « sud », voire, des « suds ». Dans le cadre de cette présentation, l’interprétation du mot « sud » s’inspire des écrits de Chandra Mohanty, et comprend non seulement les peuples de l’hémisphère sud, mais également les communautés minoritaires et racisées vivant en Occident et surtout, en plus haute priorité, les Premiers Peuples, notamment de l’île de la Tortue. En ce qui concerne un discours Transféministe qui s’adresse à une communauté Trans internationale, je souligne l’insuffisance des discours relatifs aux « études transgenres » provenant de la tour d’ivoire des milieux universitaires occidentaux, et de l’activisme Trans à l’échelle internationale, qui, quant à lui, est gouverné par ce que j’appellerais le « complexe ONG-industriel ». Il existe une nécessité foisonnante d’approches et d’épistémologies différentes et variées, qui nous permettront d’élaborer un Transféminisme qui « représente » la diversité des communautés Trans, qui aborde pleinement les enjeux qui nous concernent, et qui aurait du « sens » au-delà des cercles privilégiés de l’université occidentale.