Résumés

Résumés des présentations 2019

D'autres résumés à venir

Gaëlle André-Lescop, Ing., M.Sc Design urbain, Groupe Habiter le Nord et Conseil tribal Mamuitun

Représentations du territoire, identité et aménagement chez les Innus

À une époque où les membres des Premières Nations au Canada vivent la majeure partie de l’année dans des communautés et en milieux urbains, environnements naturels et bâtis qui diffèrent de la vie sur le territoire ancestral, on peut se demander comment les communautés autochtones peuvent se redonner des repères culturels et identitaires, au sein de leur aménagement.  En puisant à un essai et des projets de recherche-création en design urbain, de même qu’à une expérience professionnelle en contexte autochtone, la présentation explore les thèmes de la représentation du territoire, de l’identité innue, ainsi que de l’organisation spatiale.Comment le territoire ancestral, dans les façons dont les Innus se le représentent et l’habitent, peut-il inspirer l’aménagement des communautés innues? Même si une transition de la tente au chalet se fait plus marquée, plusieurs traits identitaires persistent dans la manière d’occuper et de vivre le territoire.Symbole d'«idéal» pour plusieurs, le territoire demeure encore intimement lié à la pratique des activités de chasse et de pêche.Au final, cette présentation tente de comprendre ce que les différentes manières de s’établir sur le territoire, d’autrefois et d’aujourd’hui, peuvent révéler sur les modes de vie innus contemporains et aider à « donner forme » à des environnements culturellement adaptés.

Marise Bachand, Université du Québec à Trois Rivières, 

Qu’advient-il de la dichotomie privé/public quand le tournant spatial se fait féministe? 

Le tournant spatial est l’un des mouvements intellectuels les plus importants des trois dernières décennies. Inspiré par les travaux théoriques des Henry Lefebvre, Jürgen Habermas et Michel de Certeau, ce mouvement interdisciplinaire permet de comprendre comment l’espace dans ses multiples manifestations influence les sociétés humaines d’hier et d’aujourd’hui. Dès les années 1980, les chercheures féministes Dolores Hayden, Daphne Spain et Gillian Rose ont contribué au dynamisme du tournant spatial en montrant comment se reproduisent spatialement les inégalités de genre, mais aussi comment les femmes ont cherché à s’approprier l’espace pour s’émanciper du patriarcat.  Cette conférence examine, à partir du champ disciplinaire qu’est l’histoire, la contribution théorique et méthodologique du tournant spatial au renouvellement de la connaissance de l’histoire des femmes et du genre en Amérique du Nord au XIXesiècle, une histoire prisonnière depuis des décennies de la doctrine des sphères séparées. L’analyse spatiale permet en outre de cartographier l’intersectionnalité telle qu’expérimentée par différents groupes de femmes —des francophones et des anglophones, des maîtresses et des esclaves, des riches et des pauvres, des jeunes et des vieilles. En somme, le tournant spatial ouvre plusieurs avenues heuristiques pour alimenter la réflexion critique sur le genre et les espaces publics.

Danièle Bélanger, Université Laval

Le droit à la ville des femmes migrantes et travailleuses du sexe au Vietnam

En janvier 2015, la ville de Hô Chi Minh-Ville a lancé une opération dans le but d’évincer les « indésirables » de ses espaces publics. L’opération visait en particulier les toxicomanes dont le nombre atteignait, selon les autorités publiques, des proportions alarmantes, menaçant la sécurité publique et entachant l’image d’une ville en plein essor. Le gouvernement a fait état, à l’époque, de 5 800 personnes arrêtées et envoyées dans des centres de désintoxication, parmi lesquelles nombreuses étaient des femmes migrantes travailleuses du sexe. La presse contrôlée par l’État a publié des photos montrant les processus d’évaluation et de traitement des personnes appréhendées, faisant étalage des méthodes d’un biopouvoir imposé aux toxicomanes pour le bien de la société et pour la paix et la sécurité de l’espace urbain. Cette opération s’est avérée un dur revers pour les militants et les organisations de défense des droits de la personne qui luttent pour la reconnaissance des droits des toxicomanes et des travailleuses du sexe. Dans le présent article, nous élargissons le cadre de discussion sur ces citadins « indésirables » aux migrants internes, dont le droit à la ville est constamment menacé et remis en question par les autorités qui, par ailleurs, se servent de cet enjeu pour asseoir leur pouvoir dans l’espace urbain. Le travail sur le terrain réalisé aux fins de cet article s’est déroulé peu après l’opération de 2015. Dans un lieu secret, notre équipe de recherche a rencontré des travailleuses du sexe, dont beaucoup étaient aussi toxicomanes. Malgré la crainte d’être arrêtées et envoyées dans des centres de détention, elles nous ont approchés, voulant tout spécialement exprimer leur colère et leurs frustrations par rapport à ce qui, à leurs yeux, est un traitement injuste et arbitraire. Ces rencontres ont été essentielles à la collecte de données sur les individus marginalisés — notamment sur les migrantes internes qui sont également travailleuses du sexe — qui doivent se battre constamment pour leur droit à la ville. Cet article illustre le double fardeau qui pèse sur les femmes migrantes travailleuses du sexe : en tant que citadines non enregistrées et en tant que femmes pratiquant un travail illégal. Néanmoins, cette extrême marginalisation leur donne la possibilité de s’organiser entre elles et de revendiquer leur droit à la ville sans être perçues comme une menace par l’État. Nous examinons également les efforts de lobbying et de défense des droits déployés par ces femmes au sein de groupes dirigés par des travailleuses du sexe. Le mouvement qui a entraîné la fermeture de centres de détention pour les travailleuses du sexe est un exemple de la façon dont ces dernières peuvent, grâce à des organismes communautaires qu’elles dirigent elles-mêmes, contribuer à réduire leur propre marginalisation. En revendiquant leur droit à la ville et leur droit à travailler dansla ville, les femmes migrantes travailleuses du sexe se dressent contre les politiques de biopouvoir. Avec l’interruption des descentes et des arrestations menant à la mise en détention obligatoire des travailleuses du sexe, elles ne sont plus périodiquement évincées de l’espace urbain où elles pratiquent leur travail.

Sonia Ben Soltane, Université d'Ottawa

Les ségrégations « respectables » : une lecture intersectionnelle du droit à la ville des immigrantes racisées

Dans cette présentation, Sonia Ben Soltane propose de discuter la notion de droit à la ville en y situant la question de l’immigration et du genre.  Il s’agira de présenter sommairement l’évolution récente du concept de droit à la ville, pour ensuite l’ancrer dans un terrain de recherche empirique, portant sur l’intégration des immigrantes maghrébines dans la ville de Montréal. Elle adopte en cela une approche intersectionnelle qui va, non seulement, permettre de situer dans ce droit à la ville les articulations du genre, de la race et de la classe, mais aussi de contextualiser dans l’espace public des débats et des lignes de tension qui dessinent les contours du droit à la ville des immigrant.e.s racisées. Le thème des discriminations urbaines, très présent à la fois dans la littérature scientifique, mais aussi dans les données empiriques qui seront mobilisées dans le cadre de cette présentation, sera examiné à travers le concept de « ségrégation respectable » développé par Fatima Khemilat (2018).  Ce concept permettra de situer les rapports de pouvoirs dont l’espace est, à la fois, la scène et l’enjeu. Le droit à la ville des immigrantes racisées n’est toutefois pas centré sur les barrières et les défis, il recoupe aussi les stratégies de résistance et de contournement développées par ces immigrantes. Dans cette ligne d’idée, et tout en apportant une réflexion sur les processus d’intégration urbaine des immigrant.e.s racisé.e.s dans la ville, elle propose de situer la manière dont les pratiques intégratives résilientes de ces derniers contribuent aussi à façonner l’espace public urbain. 

Marie-Anne Casselot, Université Laval

Une analyse écoféministe du sujet géographique et de l'espace genré

L'écoféminisme est une posture philosophique et militante mettant à jour les liens entre les différentes formes d'oppression et le vivant. Cette présentation prendra une route écoféministe relativement inusitée en ce qu'elle posera la question suivante : comment les femmes habitent-elles leur territoire ? Il s'agira de faire une analyse de la relation mutuellement constitutiveentre les corps et les espaces à travers les notions de sujet géographique et d'espace genré. Dans un premier temps, le sujet géographique est toujours incarnéet vulnérable, c'est-à-dire que sa corporalité implique une fragilité intrinsèque par rapport à autrui et aux conditions de vie de son milieu. Le corps est le lien vivantrattachant le sujet géographique à son milieu de vie, et que ce dernier est tout à la fois physique, naturel, historique, social et culturel. Aussi, ce sujet géographique existe dans un lieu physique précis auquel il.elle est attaché affectivement qu'il.elle partage avec plusieurs êtres vivants et éléments naturels différents. Chaque sujet se déploie spatialement selon des normes sociales de genre et cela influence sa prise sur le monde. Le sujet géographique se développe grâce à autrui qu'il.elle côtoie au quotidien, mais aussi grâce aux lieux qu'il.elle habite. Cela revient à dire qu'il y a une intersubjectivité fondamentale à toute constitution corporelle et àtout milieu de vie. Ensuite, la notion d'espace genré sera étudiée, car elle renvoie à la façon dont se dessinent spatialement les rapports sociaux de genre à travers les habitudes spatiales du sujet géographique. Certaines oppressions émergent dans certains milieux de vie et les sujets géographiques y réagissent en développant des habitudes et des routines spécifiques.Dans cette deuxième partie de la présentation, il sera question des routines corporelles et des routines spatiotemporelles d'un sujet géographique dans son milieu de vie. Ces routines spécifiques intègrent les lieux dans les expériences vécues et dans la subjectivité. Or, étant donné que l'espace est traversé par les rapports sociaux de genre, les habitudes et les routines contribuent à créer des espaces genrés où les sujets n'expérimentent pas leurs possibilités existentielles également. 

Marie-Soleil Chrétien et Odile Boisclair, UQAM

Atelier d'auto-défense: comment répondre aux Trolls

Lors d’une soirée festive, on se permet des commentaires antiféministes sur votre macaron Je parle féministe. Lors d’un souper de famille, on vous lance avec humour que les femmes devraient rester à leurs chaudrons. On vous jette un regard méprisant à la vue de vos aisselles poilues. Les attaques antiféministes prennent diverses formes, mais ont toutes pour objectif de freiner - voire de faire reculer - les féministes qui se mobilisent contre les diverses formes d’oppression et d’exploitation. Puisque le privé est politique, nulle surprise de constater que l’antiféminisme s’y exprime aussi. Le privé ne correspond pas à un lieu précis, mais plutôt à l’intégrité et l’identité de la personne. Il renvoie aux relations intimes et aux liens de confiance entre les personnes. Et ces relations, cette intimité, sont politiques. L’antiféminisme concerne tout autant les gens qu’on croise au dépanneur, ceux dusalon de coiffureque les personnes qui circulent dans des espaces identifiés comme féministes. Une étude visant à documenter l’antiféminisme dans la sphère privée a été publiée en octobre dernier. Cette recherche est le fruit d’un partenariat entre l’R des centres de femmes et des chercheures spécialisées en études féministes. Elle visait à documenter l’antiféminisme dans la sphère privée : ses types d’attaques, ses conséquences ; mais surtout, les tactiques utilisées par les féministes pour y riposter ont été sondés. Au cours de cette séance, nous souhaitons vous présenter les résultats de la recherche. S’ensuivra un moment de collectivisation de vos bons coups. Nous espérons de la sorte que ce partage nous permette de nous outiller collectivement davantage face aux antiféministes dans notre vie privée.

Pamela Colombo, Université Laval

Déplacement, concentration de population et urbanisation forcée comme politique militaire de contre-insurrection en Argentine (1976-1983)

Depuis le début de la guerre froide, les politiques de contre-insurrection ont eu pour objectif non seulement de détruire les mouvements de guérilla, mais aussi de « gagner les cœurs et les esprits » de la population. Parmi les différentes techniques utilisées pour poursuivre cet objectif, il en est une qui se reproduit depuis bientôt sept décennies : la création de villages ex nihilo. Ces « villages stratégiques » ont pour objectif de couper les liens entre la population et les mouvements guérilleros par le déplacement et le regroupement des populations rurales et autochtones, et d’utiliser l’urbanisation forcée comme un outil de contre-insurrection permettant de mieux contrôler les habitants, de gagner des territoires et d’élargir (ou de consolider) le pouvoir de l’État sur ces zones. Dans cette présentation, nous explorerons en quoi le genre était un facteur d’application différentielle de cette politique de contre-insurrection. Nous produirons cette analyse à partir de récits des personnes déplacées de force vers les « villages stratégiques » construits par les militaires pendant la dictature civilo-militaire en Argentine (1976-1983).

Guylaine Demers, Université Laval

Occupation féminine d'espaces sportifs masculins

Cette communication jumellera les aspects théorique et pratique pour illustrer et expliquer une situation qui perdure dans le domaine sportif québécois et canadien: l’invisibilité des femmes dans les espaces sportifs de pouvoir. Plus spécifiquement, il sera question d’une synthèse des études sur la place qu’occupe les femmes à titre d’entraîneur, d’officiel ou de gestionnaire. Le constat actuel est que la voix des femmes n’est pas entendue et encore moins représentée dans ces espaces de pouvoir. Nous compléterons la communication par la présentation d’une toute nouvelle initiative à l’université McGill pour favoriser et soutenir la présence des femmes dans cet espace encore très masculin, celui du sport. Nous verrons comment la recherche peut inspirer la pratique et contribuer à faire avancer la place des femmes en sport.

Françis Dupuis-Déri, Université du Québec à Montréal

Le discours de "crise de la masculinité": une propagande antiféministe

Le discours de la « crise de la masculinité » est aujourd’hui un lieu commun. Or cette prétendue crise de la masculinité survient alors que les hommes ont encore, en général, plus de pouvoir et de privilèges que les femmes. Il importe donc d’étudier, dans une perspective critique, la rhétorique de la « crise de la masculinité » pour évaluer le sens politique de ce discours. Ainsi, un retour dans l’histoire permet de constater qu’en Occident les hommes se prétendent en crise depuis au moins les cinq derniers siècles. Après avoir discuté plus précisément de trois périodes (le XVIIe siècle en Angleterre, la Révolution de 1789 en France et la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle en Occident), l’auteur accorde une attention particulière au discours contemporain. Son analyse permet de confirmer que ce discours est porteur d’une critique du féminisme et d’un refus de l’égalité entre les sexes. Ce discours sert aussi à justifier la (ré)affirmation d’une masculinité conventionnelle.

Véronique Leduc, Université du Québec à Montréal

Les artistes sourd.es et handicapées au Canada : Reconnaissance, autodétermination et représentations culturelles 

Qui sont les artistes sourd-es et handicapé-es au Canada ? Quelles sont leurs pratiques artistiques et de quelle reconnaissance jouissent-elles ? Quelle place occupent l'autodétermination et l’intersectionnalité dans leurs pratiques et discours ? Quelles sont leurs réflexions critiques au sujet des représentations culturelles des personnes sourd-es et handicapé-es ? Quelles sont leurs propositions pour une plus grande accessibilité culturelle ? Voilà des questions qui seront abordées lors de cette conférence, qui présentera quelques résultats préliminaires de la recherche « Les pratiques artistiques sourdes et handicapées au Canada » commanditée par le Conseil des Arts du Canada et menée par une équipe composée de chercheur-es et artistes sourd-es, handicapé-es et allié-es et d’artistes issu-es de diverses universités. 85 artistes et travailleur-es culturel-les provenant de 5 provinces canadiennes ont participé à cette recherche qui vise à favoriser une meilleure compréhension 1) des enjeux entourant les arts sourds et handicapés ; 2) des collaborations entre les secteurs des arts sourds et handicapés et ceux des arts en général et ; 3) des pratiques qui permettent la reconnaissance, le soutien et la promotion des pratiques artistiques sourdes et handicapées.  

Geneviève Pagé, Université du Québec à Montréal

Mobilisations féministes et développement de contre-publics : l’exemple des zines féministes

Les féministes ont depuis longtemps critiqué les théories de la sphère publique d’Habermas, notamment en développant l’idée de contre-publics subalternes (Fraser 1990). Comment repenser la notion d’espace public pour qu’il ne soit plus un espace d’exclusion? Comment les mobilisations féministes en particulier remettent-elles en question cette notion de sphère publique? La multiplication de contre-publics subalternes permettrait-elle de redéfinir les règles d’engagement politique? Afin de répondre à ces questions, nous nous arrêtons sur la portée politique des zines féministes et leur potentiel subversif. Nous soutenons que l’utilisation d’une esthétique qui leur est propre, d’un langage vulgaire et pédagogue ainsi les réseaux de distribution de zines féministes permettent la création d’une sphère de délibération externe à la sphère publique dominante (contre-public). De plus, nous avançons que l’existence de ce contre-public permet une modification de la position subalterne qui, elle, permet un engagement dans la sphère publique ainsi qu’une modification des règles qui la sous-tendent, et ce, à travers trois processus : la construction d’une subjectivité ambiguë, l’intervention directe dans la sphère publique et la subversion des dichotomies privé/public et rationnel/émotif.

Julie Podmore, Université Concordia

Les droits genrés à la ville hétéronormative:  Une géographie historique de l’activisme public lesbien à Montréal

De nos jours, les parades de fierté gaie sont des manifestations publiques visibles de la militance sexuelle et de genre que l’on retrouve dans les grandes villes américaines et européennes et qui sont sanctionnées et même banales (Blidon, 2009). Ces évènements s’inspirent d’un modèle d’engagement qui a émergé en 1970 lorsque des activistes de New York ont organisé le Christopher Street Gay Liberation Day Marchpour commémorer les émeutes déclenchées par la descente de police dans le Stonewall Inn en 1969 (Armstrong & Crage, 2006). Ce mode d’intervention dans l’espace public est censé servir de véhicule pour une coalition toujours croissante de minorités sexuelles et des communautés de genre alternatif afin de mobiliser les « droits à la ville » de la collectivité LGBTQ.  Cet idéal de la revendication de l’accès à la sphère publique s’est élargi à partir des années 80 lorsque le mouvement américain pour les droits des gais et des lesbiennes a adopté le principe américain de « coming out » et que le modèle « ethnique » de la construction de communauté, d’identité et de territoire a également pris racine (Marche, 2017). Cependant, en mettant l’accent sur la visibilité publique pour contester la ville hétéronormative, ce type de militance tend à renforcer davantage les pratiques des populations LGBTQ qui ont déjà un grand accès à l’espace public (Muller Myrdahl, 2011). Par ailleurs, en célébrant le « progrès queer », la transition de l’obscurité et l’exclusion à celle de la visibilité publique sanctionnée et fédérative (Oswin, 2008), de telles formes d’activisme peuvent simultanément promouvoir l’effacement et l’oubli des diverses façons dont les LGBTQs ont historiquement remis en cause la ville hétéronormative. Cette présentation dès lors vise à démontrer que de telles mobilisations du « droit à la ville » sont fortement genrées. La critique féministe de Fenster (2005) du concept de « droit à la ville » d’Henri Lefebvre (1968) est le point de départ de notre cadre analytique. Nous examinerons aussi les actions des militantes lesbiennes montréalaises, qui, depuis les années 70, exercent collectivement le droit à la ville aux intersections de la sexualité et du genre. Trois éléments de leur activisme sont à souligner : la création d’espaces urbains communaux, les performances alternatives de « fierté » et les débats sur la marche « dyke » locale.

Camille Robert, UQAM

Du travail ménager au travail invisible : un siècle de mobilisations féministes 

Le résumé : Depuis le début du 20e siècle, plusieurs générations de féministes se sont mobilisées pour obtenir la reconnaissance sociale, politique et économique du travail ménager. Au cours des années 1980, cette lutte a toutefois été écartée, tant des mouvements des femmes que de leur histoire. Cette communication offrira une analyse historique des discours féministes sur le travail ménager et des débats entourant sa reconnaissance, à travers trois avenues : la socialisation, le salaire au travail ménager et les réformes gouvernementales. Cette rétrospective permettra ensuite d’aborder, brièvement, quelques-uns des défis contemporains liés au travail invisible.

Joëlle Rouleau, Université de Montréal

Sortir de la représentation : création de mondes possibles et autres artéfacts queer

Le mainstream peut-il être queer? Inversement, le queer peut-il être de l’ordre du mainstream? Ce projet consiste à étudier les croisements entre la multiplicité des analyses théoriques de la culture populaire (dite mainstream) et la posture queer. Il se situe dans un contexte d’une recrudescence des représentations et des discussions autour de l’acronyme LGBTQ+ dans les médias.L’objectif général de cette présentation est lié à l’actualité et aux enjeux de société et vise à mieux comprendre en quels termes on peut parler d’une culture populaire queer,abordant de front un paradoxe évident entre la marge de la marge (St-Hilaire 1999) et différents objets télévisuels et cinématographiques issus de la culture dominante. Cette théorie oppositionnelle (Joyrich 2014) permet de considérer ce paradoxe théorique comme constituant majeur tant dans la normalisation que dans la subversion de certaines « identités » (Hall 1997, Woodward 2002). Telle qu’elle a été développée depuis les travaux de Foucault (1994) et Butler (2004), la théorie queer s’oppose aux « normes ». Politique, au sens où elle s’intéresse à des questions d’organisation, de disposition d’éléments et de façons d’imposer un ordre à des espaces, cette théorie devient une posture qui permet de questionner la régulation de la sexualité ainsi que l’imbrication d’autres «normes » dans les dispositifs sociaux, culturels et économiques des représentations médiatiques, y compris les enjeux commerciaux liés au succès ou à l’échec d’une série ou d’un film dans un marché néolibéral. De son côté, la culture populaire est fortement codée et inscrite dans un contexte industriel mainstream. Dans le cadre de cette présentation, je me pencherai plus précisément sur comment l’approche queer peut nous permettre de mieux saisir les spécificités de la culture populaire qui, de plus en plus souvent, met de l’avant despersonnagesLGBTQ+. De plus, de parsaformede plus en plus déconstruite (Boni 2014), la culture populaire possède un potentiel queer parcequ’elle est multiple, proposant des chemins non linéaires, non hétéronormatifs et parfois voués à l’échec (Halberstam 2011) mais qui, justement, au lieu d’éviter l’échec, en font un caractère identitaire fort.

Pascale Thériault – Université de Montréal

Les femmes* qui jouent sont dangereuses : portrait d’une culture toxique vidéoludique et des résistances féministes

La culture autour des jeux vidéo est largement teintée d’une masculinité militarisée (Kline et al. 2003), notamment parce que l’industrie vise un public cible majoritairement masculin. Or, on assiste de plus en plus à des tactiques de résistance féministe, se manifestant à la fois dans la création et les pratiques de jeu. Ces tactiques deviennent une nécessité, car les joueuses sont victimes de harcèlement et doivent jongler avec des représentations et des rôles narratifs sexualisés et stéréotypés promus par l’industrie. S’inscrivant dans une mouvance féministe populaire en réponse aux problèmes de harcèlement soulevés par le mouvement misogyne GamerGate (Wofford 2014), ces résistances féministes se multiplient mais demeurent peu étudiées. La communication visera à présenter un portrait global des résistances féministes, autant dans le contenu même des jeux que dans les pratiques de création et de jeu. En premier lieu, la présentation abordera les enjeux de la culture vidéoludique toxique et de la masculinité militarisée (Consalvo 2012; Kline et al. 2003) et s’appuiera sur les théories du design radical (Flanagan 2013) et des pratiques vidéoludiques subversives (Layne et Blackmon 2013; Westecott 2013). Finalement, la communication proposera une cartographie préliminaire des pratiques féministes, comme le moddingou les machinimas.