Résumés

Résumés des présentations 2020

Nesrine Bessaïh, Corps accord : guide de sexualité positive

La sexualité est partout. Que ce soit dans les publicités, les magazines ou sur l’internet, les médias multiplient les occasions de mettre en scène des personnages aguicheurs ou langoureusement offerts à la vue dans l’objectif d’exciter le désir… d’acheter. La sexualité est pourtant beaucoup plus qu’un simple argument de vente! À partir du livre Corps accord : guide de sexualité positive cet atelier traitera des dimensions sociales, culturelles et politiques de la sexualité aussi bien que des aspects individuels et intimes.  Il y sera question, entre autres, d’intersectionnalité, de consentement enthousiaste, de maladie chronique et d’écriture inclusive. Et si le plaisir et l’écoute était au cœur des relations intimes et sexuelles? Et si l’éducation à la sexualité adoptait une vision ancrée dans une approche de sexualité positive?

Laurence Godin, Les troubles alimentaires sont-ils un problème du social? Corps, santé mentale et individualité dans les discours savants

Les corps anorexiques et boulimiques dérangent. Comme le font souvent les corps hors-norme, ils cristallisent les limites du social normal et acceptable. De ce fait, ils sont l’objet de nombreuses tentatives d’en « faire sens », qui reposent sur une variété de représentations de l'individu, du lien social et de la relation qui les unit. Ces représentations et ce qu’elles nous apprennent sur la relation entre individu et société seront au cœur de mon propos. Dans cette présentation, je discuterai des résultats de l’analyse des différents discours scientifiques sur la dimension sociale des troubles alimentaires. Ceux-ci s’organisent autour de deux critiques parallèles du rapport des anorexiques et des boulimiques à la norme : d'un côté, la norme serait intrinsèquement problématique et porterait la pathologie en germe. De l'autre, anorexiques et boulimiques souffriraient de trop y adhérer et ne sauraient pas se placer à distance des significations qui organisent la vie en société. Les troubles alimentaires seraient, de ce point de vue, une maladie du sens.Ironiquement, le corps tel que vécu et ressenti est le grand absent de la littérature sur la dimension sociale des troubles alimentaires, alors qu’il le lieux premier de leur expérience. Or, il semble que son inclusion dans l'analyse permettrait de contourner les pièges inhérents à l’interprétation des troubles alimentaires comme produit des vices du social, tout en plaçant les premières intéressées au centre de la réflexion. Plus encore, prendre en compte le corps offrirait une ouverture aux anorexiques et aux boulimiques elles-mêmes pour restituer leur expérience, et de ce fait prendre le contrôle de la trame narrative qui impute un sens à leurs actes.

Me Ida Ngueng Feze, Le retour des cheveux crépus ? Entre quête identitaire et réaffirmation personnelle

Le phénomène du retour des cheveux crépus est un mouvement qui a canalisé les femmes noires du monde entier à une revalorisation plus visible de la beauté de leurs cheveux naturels. Pour beaucoup de femmes d’origine africaine, ce retour médiatisé des cheveux crépus sur les réseaux sociaux (commençant par YouTube) puis dans toutes les sphères publiques à soulevé des conversations autour de l’identité féminine noire, les cheveux et les relations, mais aussi sur l’impact du ‘’featurisme’’ et du ‘’colorisme’’ sur les rapports communautaires. Elle a aussi été marquée par des réflexions poussées et le début d’une quête identitaire personnelle, intime, individuelle et parfois même communautaire de redéfinition, de réaffirmation mais surtout d’épanouissement.Cette présentation fera un survol des enjeux multidimensionnels que soulèvent la présence des cheveux naturels crépus depuis l’essor de cette révolution capillaire et utilisera notamment pour illustration des données recueillies lors de plusieurs focus groupes, entrevues et discussions qui se sont tenues depuis 2009.  

Anne Martine Parent, Femmes et sexe à l'écran

Depuis plus d’une vingtaine d’années, les représentations explicites de la sexualité hors du cadre des productions érotiques/pornographiques se multiplient sur nos écrans de télévision – comme dans plusieurs autres médias culturels (magazines, publicité, cinéma, etc.). Dans Screening Sex. Une histoire de la sexualité sur les écrans américains (2014 [2008]), L. Williams replace la prolifération d’images sexuelles (ou « pornographisation » de la culture contemporaine) dans le cadre d’une histoire sociale et culturelle de la sexualité (p. 11), en lien avec la révolution sexuelle des années 60 et 70, révolution qui « a permis une présence accrue du sexe sur les écrans » (p. 15). Selon I. Brey (2016), le média le plus révolutionnaire pour cette question est la série télévisée et ce sont les sexualités féminines qui sont l’objet principal de cette révolution. La conférence portera sur la représentation de la sexualité des femmes dans des séries télévisées américaines et québécoises comme Girls et Marche à l’ombre. Nous verrons comment ces représentations bouleversent les normes et les codes habituels afin de redéfinir la place de la sexualité des femmes à la télévision. Nous nous intéresserons plus particulièrement à la question de l’agentivité sexuelle et à celle du consentement.


Florence Pasche Guignard, 
Les discours de résistance aux normes de l’épilation féminine: perspectives du positivisme corporel et du féminisme sikh, entre double standards et dimensions religieuses

Cette contribution commencera par situer brièvement les symboliques culturelles et religieuses des poils et des cheveux en lien au genre. Le positivisme corporel sera ensuite défini comme un mouvement censé questionner les idéaux normatifs de beauté corporelle, promouvoir l’acceptation de soi et améliorer l’image et l’estime de soi, notamment sur le plan physique. Nous examinerons le refus de l’épilation et la médiatisation grandissante de cette pratique de résistance aux normes. Suivra ensuite une introduction de base au sikhisme, une religion désormais très visible au Canada. Cinq siècles après son émergence, l’égalité et la non-discrimination restent des thèmes majeurs dans le sikhisme, au Punjab et ailleurs. De plus, maintenir kes, un terme punjabi qui désigne la chevelure et tous les poils, est l’une des obligations religieuses pour qui choisit de recevoir l’initiation dans cette religion. Parmi les sikh⋅e⋅s non-initié⋅e⋅s, les attitudes par rapport au fait de se couper les cheveux, se raser et s’épiler varient beaucoup. Une sélection de discours féministes sikhs contemporains sera analysée en portant attention aux questions des doubles standards et des adaptations ou résistances en contextes de migration, de diaspora, et de minorité religieuse, culturelle, ou ethnique. Enfin, nous procéderons à une comparaison entre des discours présentés comme féministes insistant sur le positivisme corporel, pour la plupart sans ancrage religieux, et ceux de femmes sikhes qui visent à augmenter l’estime de soi de jeunes femmes en situation d’être tiraillées entre des normes contradictoires (religieuses, cosmétiques, érotiques, etc.). Cette comparaison de discours montrera comment des normes corporelles concernant la pilosité féminine (et, par contraste, masculine) se déploient au croisement de l’ethnicité, de l’expérience de vie, du statut conjugal et de l’expression de l’identité de genre.

Geneviève RailCorps sous emprises. De la nécessité des savoirs féministes/subversifs en santé

Les systèmes biomédicaux « colonisent » le corps féminin. La résultante? L’installation d’une subjectivité à partir de discours biomédicaux en intersection avec des discours dominants tels que ceux sur le néolibéralisme mais aussi sur le sexe, le genre, la sexualité et la race. Ces systèmes et discours « disciplinent » les corps des femmes et les enjoignent à consommer toujours plus de produits et de services supposés les mener vers une meilleure santé. Cette présentation porte sur la nécessité de défaire de telles emprises en matière de santé et de valoriser les savoirs féministes subversifs. À partir d’une approche poststructuraliste, Geneviève Rail explore la façon dont les femmes s’approprient les discours officiels en santé ou leur résistent, nous alertant parfois aux dangers des « missions de sauvetage » inappropriées, surtout lorsqu’elles visent des femmes de minorités déjà opprimées. Prenant en exemple une étude nationale réalisée avec des personnes LBTQ vivant avec un cancer, elle révèle comment ces personnes doivent naviguer des mers de savoirs significativement distincts et parfois incommensurables. Elle observe que leurs prises de décision en matière de traitement sont ponctuées de multiples efforts pour résister, contrecarrer ou gérer la possibilité de discrimination et la probabilité d’effacement institutionnel dans les établissements de santé. Elle explique comment le « traitement » du genre fait en sorte que le cancer devient parfois un lieu de résistance et de réparation. In fine, les résultats de l’étude permettent d’attester de la nécessité de repenser la biomédecine et les interventions genrées en santé à partir d’une approche qui fait la part belle à l’intersectionnalité et aux récits des femmes.

Laurence Raynault-Rioux, Le projet ACSEXE+ à l’angle de la justice reproductive : quand le genre et le(s) handicap(s) redéfinissent notre vision de la santé sexuelle

Le projet ACSEXE+, une initiative de la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN), a été mis sur pied suite à une volonté du conseil d’administration et de l’équipe de travailleuses d’adopter la perspective de la justice reproductive dans leurs orientations. Le projet ACSEXE+ permet ainsi de mettre en lumière le vécu de populations peu représentées dans les initiatives en santé sexuelle et reproductive : les femmes et personnes trans et non-binaires, en situation de handicap, Sourdes et neurodiverses. Ce projet veut contribuer à un meilleur respect de leurs droits sexuels et reproductifs. Cette conférence aura donc comme objectif premier de mettre de l’avant le projet ACSEXE+ et l’importance du principe de co-construction des initiatives avec les personnes concernées. À partir de l’angle de la justice reproductive, nous verrons comment les expériences des femmes en situation de handicap permettent de revoir cette notion de « choix », encore fortement mobilisée dans les revendications en santé sexuelle et reproductive. Par la suite, il sera question de présenter les différents enjeux touchant à la sexualité et la santé sexuelle des femmes en situation de handicap. Le manque d’accès aux différents services et à l’information est un obstacle majeur à l’émancipation et la prise de pouvoir de ces femmes sur leurs corps. Il est temps de faire place à la parole des femmes en situation de handicap, ces voix encore trop peu écoutées, pour que notre conception de la santé sexuelle soit concrètement positive et émancipatrice pour toutes les femmes.  



Gabrielle Richard,
 Les corps et les sexualités qu’enseignent nos écoles

L’éducation à la sexualité contemporaine se déploie sauf exception depuis une approche sanitaire, voire hygiéniste. Il y est question des risques inhérents à l’activité sexuelle (grossesse non désirée, violences, ITSS, etc.) et des manières de s’en protéger. Or, à l’heure où le consentement fait couler beaucoup d’encre et où un nombre croissant de jeunes s’identifient comme non-binaires ou queer, quelles représentations des corps, des personnes et des sexualités sont véhiculées par ces contenus scolaires? Quel regard les jeunes en questionnement, non-hétérosexuel.les et non-cisgenres portent-ils/elles sur leurs identités que l’institution scolaire ne présente pas comme légitimes? À partir de discours d’adolescent.es et sur la base d’exemples concrets, cette conférence remet en question le statu quo en matière d’éducation à la sexualité et propose des pistes pour la mise en œuvre d’une approche positive, inclusive et antioppressive du sujet.


Anne-Marie Rouillier, 
Mépris, rudesse et indifférence. Briser le silence autour des violences obstétricales et gynécologiques

Alors qu’accoucher au Québec aujourd’hui est généralement peu risqué du point de vue de la mortalité et de la morbidité, il en va encore souvent autrement du côté du vécu. Des naissances vécues de façon traumatisante et des suivis de grossesse ou des accouchements qui laissent aux parents l’impression d’avoir été dépossédés d’une expérience qui pourtant leur appartenait sont légion. La reconnaissance de ces parcours difficiles où parfois la confiance en la capacité d’être un bon parent a été bousculée, qu’un sentiment d’intrusion voire d’agression perdure est nécessaire.
Le spectre de violences commises en contexte de soins de santé gynécologiques ou obstétricaux est large et la parole doit être libérée afin d’en reconnaître les effets délétères tant à l’échelle individuelle que systémique. En plus de ce que porte la littérature empirique et militante à ce sujet, des témoignages recueillis par la présentatrice au cours des cinq dernières années sur l’expérience de la grossesse, de l’accouchement, mais aussi du post-partum au Québec permettront, par des exemples concrets, d’alimenter la réflexion.
En contrepoids aux violences obstétricales, des initiatives de soins humanisés seront abordées. Celles-ci permettent de nourrir l’inspiration pour soutenir collectivement la transition à la parentalité en accord avec l’unicité des expériences et dans le respect de l’intégrité physique et mentale des personnes enceintes et qui accouchent.


Kharoll-Ann Souffrant, 
Les origines premières du mouvement #MeToo: les femmes racisées à l'assaut des violences sexuelles

En octobre 2017, le mouvement #MeToo est devenu viral dans plusieurs régions du monde dans la foulée de l'affaire Weinstein. Par la publication d’enquêtes primées du New York Times et du New Yorker, Weinstein a finalement été accusé par près d'une centaine d'actrices américaines de viol, d'agressions et de harcèlement sexuels. Malgré l’impact international du mouvement #MeToo, plusieurs critiques ont été érigées envers celui-ci, notamment l’effacement de la contribution des femmes racisées à sa genèse. En fait, #MeToo a été créé en 2006 par la militante et organisatrice communautaire Tarana Burke dans un contexte tout autre que celui d'Hollywood. Cette présentation vise donc à retracer la genèse et les origines premières de #MeToo. Il s’agira essentiellement d’un exercice visant à reconnaître la contribution des femmes racisées dans la lutte contre les violences sexuelles. De plus, la présentatrice fera la présentation de plusieurs cas ayant défrayé la manchette aux États-Unis au cours des dernières années et pour lesquels le même phénomène d'effacement des femmes racisées a été observé et documenté.

Isabelle Wallach, Quand les normes de beauté s’invitent dans la chambre à coucher: une analyse des perceptions de l’apparence de femmes âgées hétérosexuelles et lesbiennes dans le contexte des relations intimes

Plusieurs chercheures féministes ont mis en évidence que les normes de beauté prédominantes dans la société nord-américaine reposent sur des critères âgistes et sexistes qui peuvent affecter négativement les perceptions des femmes âgées de leur corps vieillissant. Une des questions qui se pose cependant est celle de l’influence de ces normes sur les femmes âgées dans le contexte de leur vie intime et sexuelle. En effet, en dépit de préjugés âgistes selon lesquelles les femmes deviendraient asexuées en vieillissant, beaucoup de femmes âgées restent actives sexuellement et sont en recherche de nouveaux partenaires à un âge avancé. Quels peuvent être les impacts des normes de beauté prédominantes et comment peut être vécue l’impossibilité à s’y conformer, pour des femmes âgées, dans le contexte spécifique des relations intimes? La mise à distance des normes de beauté est-elle facilitée ou au contraire rendue plus difficile dans ce contexte où l’apparence est supposée jouer un rôle central? Par ailleurs, bien que des autrices féministes soutiennent que le regard désirant porté sur le corps des femmes reflète une forme d’oppression patriarcale, la notion d’objectification et la dénonciation de ce phénomène sont-elles pertinentes alors que les femmes âgées sont enclines à vivre une exclusion de la sphère de la séduction? Notre présentation tentera de répondre à ces questions en s’appuyant sur l’analyse d’entrevues réalisées auprès de 25 femmes hétérosexuelles et lesbiennes âgées de 64 à 82 ans. La théorie de la dérivatisation développée par Cahill (2011) sera mobilisée pour nous aider à penser ces enjeux.

 

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